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La lumière et le sujet représentent tous deux des contraintes à la base, et sont par la même occasion les principaux ingrédients d'une photo réussie. Pas de beau sujet sans belle lumière, et, même si l'inverse n'est pas systématiquement vrai, la plus belle lumière n'est pas toujours suffisante quand le sujet n'est pas au rendez-vous. Mais quand les deux se conjuguent, la magie opère.

Ce sont surtout les paysages qui m'attirent, que ce soit en plaine alsacienne, dans le massif vosgien, ou plus rarement lors de séjours ou passages ailleurs. Accessoirement, je m'intéresse aux fleurs, aux animaux, mais ces deux domaines demandent un équipement plus spécifique que je n'ai pas pour l'instant.

J'utilise deux appareils numériques, un bridge ( Coolpix 8700 de Nikon, possédant une bonne étendue de focale, mais limité forcément dans ses capacités), et un réflex ( Canon EOS20D, beaucoup plus affranchi, voire sans limite...).

 

 

De l'utilisation du grand angle et du téléobjectif

 

Le nikon me sert uniquement à réaliser des photos au "grand angle" ( un équivalent 35mm en 24X36...) en attendant d'avoir un objectif vraiment grand angle à placer sur le réflex. Et un zoom 70-200mm sur le canon fait tout le reste. Même si les 70mm de départ sont déjà souvent trop serrés pour faire du paysage au sens large, ce zoom oblige à aller chercher les détails dans le paysage et surtout à le voir et à l'aborder autrement. Démarche que de plus en plus je préfère à une photo prise au grand angle, simple témoignage objectif de ce que l'on voit, tandis que la marge de manœuvre limitée par l'amplitude du zoom force à interprêter le paysage de façon plus personnelle.

Illustration avec ces deux photos prises à peu de distance, et dans la même direction.

 

 

La variante plutôt grand angle procure une sensation d'espace indéniable, comme si l'on se trouvait devant la scène. Il ne reste qu'à trouver quelques lignes conductrices pour diriger le regard dans l'image et soigner la composition tant que faire se peut, Qu'une photo plaise ou non en grand angle tient le plus souvent à la beauté initiale du paysage ( et aux conditions de lumière évidemment). Un beau paysage sera apprécié ( sauf grosses erreurs de composition à la prise de vue), et un paysage banal laissera quant à lui indifférent dans la grande majorité des cas, même bien composé. C'est en cela que je qualifie de simple témoignage "passif" une photo prise au grand angle.

 

 

Voilà la variante avec zoom à 200mm. On reconnaît en arrière-plan la montagne, devenue floue en raison de la plus faible profondeur de champ suite à l'utilisation d'une longue focale. Ici, mon intérêt s'est porté sur ce petit tas de cailloux placé au bord du chemin. Il acquiert ainsi une dimension nouvelle, plus profonde, beaucoup plus subjective. Ce n'est pas le paysage que j'ai voulu montrer, mais ce tas de caillou, perdu dans l'immensité du paysage. Il s'en dégage une forte impression de solitude et de minusculité ( si le mot existe, j'en doute), en parfaite adéquation avec la sensation ressentie dans cet endroit. Personnellement, je préfère de loin cette approche à la version grand angle en haut, que, après coup, je trouve banale

( sans juger de la beauté du paysage)

Bon, après, c'est sûr, tout est question d'appréciation, d'interprétation et de goûts personnels.

 

 

La lumière:

 

La lumière est le véritable bourreau du photographe quand il n'y a pas moyen de la dompter. Combien de photos abandonnées devant une lumière insatisfaisante! Il faut même souvent se résoudre à ne rien photographier, surtout si l'on veut des vues d'ensemble, qui, on le sait d'avance, manqueront de tonus, de subtilité, de couleurs, de nuances, etc...Le paysagiste ne peut bien travailler que quand les bonnes conditions sont au rendez-vous. Comme dit plus haut, le plus beau des paysages sous une lumière banale ou pire, mauvaise, aura bien moins d'impact, voire pas du tout dans certains cas extrêmes.

On peut alors toujours se rabattre sur des détails du paysage, à l'aide du zoom. Les résultats se montrent parfois meilleurs dans ces conditions difficiles, car du coup, l'attention se porte sur un sujet bien plus précis, qui, mis en scène correctement devient le centre d'intérêt de la photo, et peut ainsi à la rigueur excuser l'absence de lumière.

 

Un autre problème lié à la lumière est la façon dont elle est traitée par les appareils photo. Sans vouloir entrer dans les détails, la notion de dynamique mérite d'être expliquée brièvement: en fonction de la taille du capteur de l'appareil numérique, le rendu des intensités lumineuses est plus ou moins nuancé. Un petit capteur, à petite dynamique, aura vite fait d'atteindre les extrêmes, à savoir des ombres noires, et des zones lumineuses intenses complètement blanches ( crâmées ou brûlées). A l'inverse, plus la taille du capteur augmente, plus cette dynamique s'élargit et permet d'avoir des degrés intermédiaires avant les extrêmes: les ombres, avant d'être noires, passeront par bien plus de nuances, et les zones lumineuses seront moins rapidement crâmées.

Le noir comme le blanc, sur une photo, sont des zones vides, dans lesquelles l'appareil n'a pas pu enregistrer de détails supplémentaires. Ce sont donc en fait tout simplement des taches sur la photo, au rendu peu agréable, sauf effet volontaire. Pas moyen de récupérer des infos dans ces zones extrêmes, même en retouche, il n'y en a tout simplement plus.

Le nikon, qui est un bridge à petit capteur, est très sensible à ce problème. Quand on veut exposer correctement la partie sol d'un paysage ( c'est à dire essayer d'en avoir le plus de détails et de nuances), on se retrouve très rapidement avec un ciel troué, brûlé, blanc, "dégueulasse" en un mot...Inversement, si l'on veut avoir un ciel nuancé, c'est le sol qui devient trop sombre. Dans les deux cas, des infos sont perdues dans les extrêmes, et c'est parfois bien dommage! C'est là qu'intervient le travail de retouche.

Explications avec cette scène contrastée:

 

 

Le rendu du sol est satisifaisant, quoiqu'il manque encore d'un peu de luminosité. Or, le ciel, lui, est déjà complètement râté, parce que l'exposition a fait rentrer trop de lumière dans l'appareil à cet endroit. Un sol qui pourrait être un peu plus clair, et un ciel qui n'en peut plus de brûler, image caractéristique sur ce type d'appareils à petit capteur.

 

 

La même scène, mais avec cette fois un cadrage et une exposition plus adaptés au ciel. On y retrouve de la texture, des nuances, des couleurs, des détails ( j'aurais même pu réduire encore un peu l'exposition pour limiter l'étendue des zones tendant vers le blanc uni à gauche). Mais c'est le sol qui en fait les frais cette fois: une expo trop courte n'a pas permis de bien y enregistrer les nuances de lumière, et du coup, on est vraiment limite avec les ombres, qui sont d'ores et déjà trop sombres et trop unies pour espérer pouvoir les rattraper en retouche.

Pas de miracle dans ce genre de situation avec un appareil à dynamique réduite, si l'on veut avoir un ciel et un sol correctement exposés et agréables, il faut assembler les deux photos verticalement en retouche. Ca demande un peu de temps et d'expérience, mais on obtient des résultats plus que satisfaisants...

 

 

 ...avec un rendu très proche de celui procuré par les yeux ( qui possèdent eux naturellement une dynamique très très étendue, meilleure que celle des meilleurs appareils).

Chacun considèrera ce procédé comme il le veut, artifice, manipulation, mais il est des lumières et des sujets que l'on peut ainsi réunir pour obtenir des photos très intéressantes, saisissantes de réalité, parce que finalement tout simplement très proches de ce que les yeux auront vu en réalité.

Pour ma part, je considère ce genre de retouche comme une étape parfois indispensable pour rester fidèle à la scène.

 

Un réflex à plus grand capteur sera moins vite concerné par ces problèmes de contrastes dans la lumière. Mais n'en sera pas épargné non plus. La marge de manœuvre à la prise de vue est plus grande, c'est tout.

 

L'autre façon de se jouer des pièges de la lumière est l'utilisation de filtres dégradés, directement devant l'objectif ( et donc, à ma connaissance, impossible pour les compacts et bridges). Le filtre dégradé se présente sous la forme d'une fine lamelle de verre plus sombre vers le haut, et permettant de réduire l'intensité lumineuse du sujet à cet endroit. C'est utile quand on cadre du ciel et du sol, la partie haute de la photo, théoriquement le ciel (...), étant assombrie par le verre plus sombre, le sol conservant lui une luminosité naturelle, le verre n'étant pas fumé vers le bas. Les contrastes sont réduits, et là, on a vraiment beaucoup plus de marge de manoeuvre. Pour qui n'a pas de filtres dégradés ( j'en fais partie), reste la solution de retouche, qui reproduit rigoureusement l'effet du dégradé sur objectif, en abordant le problème à l'envers ( il faut tout de même faire attention à la prise de vue à ne pas brûler le ciel, sans quoi la retouche ne sera d'aucun secours, le ciel ayant perdu ses détails).

Les logiciels de traitement de l'image, tout comme pas mal d'appareils numériques d'ailleurs, offrent pour cela la possibilité d'afficher un histogramme, sur lequel seront représentées les différentes tonalités de la photo, en allant du noir le plus complet, au blanc le plus pur ( valeurs à éviter tant que possible on l'a vu). Une photo correctement exposée présente généralement peu de valeurs noires ou blanches, et un maximum de valeurs intermédiaires ( là encore, tout dépend également du rendu que l'on veut donner à la photo et de ce que l'on veut en faire)

Exemples:

 

 

Prise de vue originale. J'ai veillé à limiter l'exposition pour ne pas brûler le ciel, de façon à ce que des détails restent visibles même dans les parties les plus claires de nuages. Le sol est donc immanquablement trop foncé, mais là encore, il faut faire attention à ne pas perdre trop de détails dans les ombres les plus marquées. Ces deux conditions remplies, on peut appliquer un filtre numérique en retouche, que ce soit sur le sol ou sur le ciel, ou sur les deux.

Voilà ce que donne l'analyse de l'histogramme de la zone ciel uniquement de la photo:

 

 

Il manque beaucoup de nuances foncées dans mon ciel ( absence de courbe noire sur toute la moitié gauche de l'histogramme), par contre, ce qui est bien, je n'atteins pas le blanc pur non plus ( la courbe noire s'éteint avant d'arriver sur l'extrême droite). Bref, dans l'idéal, c'est ce qu'il faut pour pouvoir espérer corriger la lumière d'une photo sans grandes encombres: pas de noir complet, et aussi peu que possible de blancs purs.

Je vais à présent essayer d'ajuster la lumière, toujours sur la partie ciel uniquement, en intégrant un peu plus de valeurs foncées dedans:

 

 

Les nuages reprennent un peu plus de consistance dans les sombres, sans toucher aux zones claires qui sont satisfaisantes ici ( l'histogramme montrerait une courbe dans l'ensemble plus décalée vers la gauche du côté des nuances sombres, la partie droite ne bougeant peu ou pas, puisqu'il s'agit des nuances claires sur lesquelles aucune intervention n'a été faite).

 

Occupons nous du sol à présent, en commençant par observer son histogramme:

 

 

Pas de doutes, toute la courbe se trouve confinée dans la partie gauche de l'histogramme, soit du côté des nuances sombres, tandis qu'à droite, on n'a aucun point de l'image présentant des nuances claires. La chose est également rattrapable, puisque l'on n'a pas de zones complètement noires dans les ombres ( ou très peu, la courbe s'arrêtant bien avant le bord gauche). On va donc pouvoir réajuster les valeurs claires en corrigeant l'histogramme. Voici le résultat:

 

 

On a gagné en clarté sur le sol, les couleurs sont un peu ravivées. L'ensemble de la photo est mieux éclairé, et ceci sans délimitation visible, grâce à l'utilisation d'une retouche filtre dégradé sous le logiciel de traitement.

 

Ce réajustement des extrêmités tonales a souvent pour conséquence de raviver les couleurs ( à désaturer légèrement suivant le cas) et de réduire en accentuant les contrastes l'importance du voile atmosphérique ( sorte de voile terne de particules et de goutelettes microscopiques d'eau en suspension qui recouvre les plans à mesure que l'on s'éloigne). Personnellement, je préfère nettement quand ce fameux voile, si il était présent à la prise de vue, reste bien visible, et je corrige donc rarement dans ce cas, ou peu, les contrastes via l'histogramme.

 

 

Les couleurs:

 

On vient de le voir à l'instant, le réajustement des valeurs tonales d'une photo a une influence sur la saturation des couleurs, qu'il faut parfois désaturer pour conserver un rendu naturel et aussi proche que possible des couleurs réelles. Il est aussi possible de saturer volontairement les couleurs d'un sujet dans certains cas, pour compenser une lumière trop pâle ou froide. Je ne réalise que très rarement cette retouche, l'appareil délivrant à la base des images aux couleurs déjà fidèles.

On peut passer en noir et blanc, directement sur l'appareil à la prise de vue, ou bien sous logiciel.

J'ajoute parfois un peu de "grain" ( sorte de granulation visible) sur mes photos noir et blanc, à l'image du rendu argentique.

 

 

La composition:

 

Pas de secret là, c'est à la prise de vue qu'il faut veiller à orchestrer la composition! Sans quoi, aucun programme de retouche ne permettra d'obtenir une photo satisfaisante, à moins d'y passer des heures et d'avoir un résultat final qui n'a plus rien à voir avec la photographie.

Une fois les grands éléments directeurs placés dans le viseur, il arrive cependant que de plus petits éléments "parasites" apparaissent immanquablement dans le cadre. Ce peut être un poteau, un passant, une voiture, une branche, etc...autant de petits détails qui gâchent la composition que l'on a voulue aussi bien que possible au moment de déclencher. ( l'inattention est en cause aussi de temps en temps)

Ce genre de choses peut facilement être corrigé en retouche, moyennant un outil qui permet de "gommer" en quelque sorte ces imperfections.

C'est aussi surtout utile quand on a des poussières sur son capteur, et que cela entraîne de petites taches rondes, floues, et plus sombres, en plein milieu d'un ciel dégagé!

L'une ou l'autre fois, pour m'amuser, je "bidouille" carrément certaines photos, en faisant des montages. Le résultat n'est plus de la photo au sens strict, c'est pourquoi ça reste très marginal ( une ou deux photos sur l'ensemble du site, et je précise alors que c'est du montage à ce moment).

 

 

En voici un exemple. A cet instant, la lune n'était qu'un tout petit croissant lointain surexposé. J'ai donc choisi de la remplacer par une lune que j'avais prise un autre jour à un autre endroit pour obtenir ce montage ( qui ceci dit me plaît bien...). Libre à chacun après d'apprécier ou non, mais je considère personnellement cela plus comme du "dessin"

 

 

L'enregistrement:

 

La compression à l'enregistrement, indispensable pour offrir des photos que chaque internaute pourra raisonnablement ouvrir rapidement

( utilisateurs forcés ou non du bas débit) fait des dégâts.

Un sujet exempt de détails trop fournis ne pèsera pas lourd pour une qualité excellente ( ciel avec un premier plan lointain et peu important). Dans ce cas, le poids de l'image à afficher sur la page dépasse rarement 100 à 120Ko.

La chose se complique très nettement quand on photographie un sujet détaillé, contrasté, coloré ( une forêt en est le meilleur exemple). Là, très rapidement, le poids du fichier s'envole, et ce pour une qualité d'enregistrement tout juste acceptable. Une photo de forêt mesurant 700pixels de large sur 500 de hauteur pèse facilement 150 à 200ko en qualité de base. Un enregistrement en qualité supérieure produira un fichier bien plus lourd, dépassant largement les 200ko, n'étant parfois plus vraiment à la portée d'une connexion bas débit. Je le fais le moins souvent possible, pour m'adapter aux visiteurs encore assez nombreux qui n'ont pas une connexion haut débit et pour qui l'attente serait un peu trop longue ( et je sais de quoi je parle, je passe environ 5 mois dans l'année avec une connexion à 20, quand d'autres tournent à 1000, 2000 avec l'adsl...).

 

 

Bon, et bien je pense avoir dit ce qui me passait par la tête concernant mes photos. Pour le moment.